Dimanche 15 janvier 2012
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Bonsoir,
Pour terminer ce périple au Panama, je vous propose quelques curiosités des hauteurs de la Province de Chiriqui à la frontière avec le
Costa-Rica. Cette région, plus fraîche, voisine du Volcan Baru, contraste avec le reste du pays et rappelle un peu les régions andines sud-américaines. La fertilité des terres
entourant le Volcan est mise à profit et les choux, salades, fraises et autres fruits et légumes sont ici cultivés en
terrasse ou en pente pour alimenter tout le pays. Vous boirez ici les meilleurs cafés et mangerez très bien dans les petits restos populaire.
C'est ici, au fond de la vallée de Cerro Punta que Maduro a établi ses serres connue sous le nom de 'la Finca Dracula' à 2000
mètres d'altitudes pour y cultiver une des plus impressionnantes collection d'orchidées mésoaméricaine et sud-américaines et en particulier le genre Dracula et toute sorte de
Pleurothallidinae. Les autres genres ne sont pas en reste en particulier les Stanhopeinae avec de nombreuses Stanhopea et Acineta en fleur lors de notre
visite. Le visiteur a également accès à une collection très complète de monographies sur les genres Américains ou sur l'orchidoflore de certains pays ou régions. De quoi y passer des
heures...
Mais revenons sur le terrain avec le parc de la Amistad qui commence ici et s'étend jusqu'au Costa-Rica. Ce parc protège plus de 400 000
hectares de forêt humide et forme ainsi le plus grand parc d'Amérique centrale.
Nous avons pu nous y aventurer dans une zone entre 2000 et 2500 mètres d'altitudes et nous avons surtout croisé des
Epidendrum, dont le très beau E. prismatocarpa, des Maxillaria mais aussi des Sobralia, des Elleanthus et d'autres espèces de genre
variés.
Une autre zone intéressante de la région est la zone dite de "las Lagunas" à quelques km de Cerro Punta, plus chaude que
les hauteurs du parc de la Amistad et particulièrement riche en Gongora armeniaca, Maxillaria pseudoneglecta, Xylobium elongatum et Epidendrum
difforme.
Enfin, une autre région très riche est la réserve forestière qui entoure le barrage de la Fortuna que l'on atteint
en empruntant la route qui mène à Chiriqui Grande sur la côte caribéenne. On y rencontre beaucoup de Pleurothallidinae et particulièrement toute sorte de Stelis.
Voici donc, quelques photos de ces espèces croisés dans ces contrées à plus de 2000 mètres d'altitude en commençant par les Maxillarias.
MAXILLARIA
Le genre Maxillaria est bien connu des amateurs et collectionneurs d'orchidées mais nous en
connaissons rarement toute son étendu et sa diversité. Ce genre rassemble aujourd'hui plus de 600 espèces et connaitra surement dans les prochaines années une révision conduisant à un
éclatement en plusieurs genres comme ont pu le connaître les genres Pleurothallis ou Epidendrum qui au fur et à mesure des avancées scientifiques regroupent
toujours moins d'espèces.
En effet, les espèces qui composent ce groupe présentent des différences morphologiques notables. Saviez-vous que certaines espèces sont monopodiales avec une tige simple comme un Vanda
? ou plus étonnant encore, sympodiales dans une première phase de leur développement puis monopodiale ? ou encore monopodiale les feuilles en forme d'éventail comme les Oberonia
?
Nous rencontrons principalement dans nos collections les Maxillarias à pseudobulbes groupés (M. schunkeana, M. sanderiana, M. picta) ou bien séparés
par un court rhizome (M. tenuifolia, M. camaridii, etc...) qui offrent des fleurs souvent de belle taille aux pétales bien étalés et colorés, avec pour certaines
espèces un parfum des plus intenses et agréable connu des orchidées. M. tenuifolia par exemple embaume avec une seule fleur toute une serre d'une agréable senteur de vanille ou
de coco.
Les Maxillaria des autres sous-groupes du genre sont plus rares en culture, les espèces dont les pseudobulbes sont séparés par
de longs rhizomes sont compliqués à cultiver s'accomodant difficilement à nos supports de culture (M. tigrina par exemple)... ils sont pourtant très jolis.
Il en est de même pour les Maxillarias présentant deux phases de développements distincts. Sympodiale dans un premier temps, il forme des pseudobulbes groupés et compressés qui une
fois suffisamment fort développent une tige aux feuilles distiques et imbriquées le long d'une tige, à l'image d'un Vanda. Les fleurs souvent de petites tailles émergent
d'entre les feuilles en grappes serrées (M. miniata par exemple). Ces plantes peuvent devenir très
grandes selon l'espèce, la tige atteignant plus d'un mètre.
Les sorties in-situ permettent de mieux connaître ce genre peu collecté et souvent abondant, voici quelques-unes des espèces
rencontrées ici dans les hauteurs de la province de Chiriqui.
Maxillaria pseudoneglecta
Une espèce abondante des environs des Lagunas près de Cerro Punta ainsi que dans les environs de la Fortuna qui s'accommode très bien des zones dégradées.
Elle forme des pseudobulbes unifoliés séparés par des rhizomes d'environ deux fois la taille du pseudobulbe. L'inflorescence est basale émergeant des bractées à la
jonction du rhizome et du pseudobulbe. Feurs jaune en grappes denses. Pollinisation par abeille (voir vidéo ci-jointe).
Maxillaria ampiflora et arachnites
Deux très belles espèces rencontrées dans les environs de la Fortuna dans le maquis recouvrant les pentes rocheuses. Maxillaria
arachnites est un Maxillaria aux pseudobulbes groupés alors que Maxillaria ampliflora développent des tiges pouvant atteindre un mètre aux
feuilles imbriquées et distiques rapidement caduques, les tiges ne conservant que les 8 à 10 dernières feuilles sommitales. La fleur, aux colorations et motifs remarquables, apparait au
bout d'un pédoncule court émergeant souvent des nouvelles tiges.

Maxillaria species
Une jolie espèce de très petite taille pour le genre que nous avons rencontré dans les hauteurs du parc de la
Amistad autour de 2300 mètres d'altitude. La tige sans pseudobulbe basal illustre bien une espèce de Maxillaria à développement strictement monopodial. S'apparente à
M. dendrobioides.
EPIDENDRUM
Les Epidendrums et les genres apparentés sont omniprésents dans ces contrées. Rappelons que lors des premier pas
de la taxonomie, Karl von Linné y inclut en 1763 toutes les espèces d'orchidées épiphytes connues à cette époque et même si bon nombre d'entre elles ont été
bien sûr reclassées, ce genre compte encore pas moins de 1100 espèces !!!
En voici quelques-unes rencontrées dans la province de Chiriqui.
Epidendrum anoglossum
Espèce terrestre rencontrée dans une végétation broussailleuse autour de 2300 mètres bénéficiant d'un large ensoleillement. Tige droite aux feuilles distiques et
coriaces, inflorescence terminale et racème. Fleurs non résupinées jaune-pâles, sépales elliptiques à lancéolés, pétales linéaires. Labelle charnu et triangulaire.
Epidendrum stolidium
synonyme : Oerstedella ornata
Epidendrum stolidium connut un parcours taxonomique quelque-peu atypique puisqu'il fût d'abord décrit sous le genre
Oerstedella en 1982 par Dressler avec pour type une plante collectée ici, dans la province de Chiriqui. Hagsater la reclassa sous le genre Epidendrum en 2005.
La singularité de cette espèce ne se limite pas qu'à sa taxonomie, elle est une des rares orchidées présentant des appendices
tridentés entre les pétales et sépales ce qui permet de la distinguer aisément de E. pfavii, un autre très bel Epidendrum aux tons roses de la région.
L'espèce a été rencontrée entre 2000 et 2300 mètres toujours en milieu ouvert exposé, plein sud, bénéficiant d'un ensoleillement
direct.
Epidendrum radicans
Espèce très connue du genre et dont les hybrides se vendent même en jardinerie, elle se rencontre ici en abondance le long des routes
dans la région du barrage de la Fortuna. Les couleurs sont particulièrement intenses et variables selon le spécimen entre le jaune-orangé et le rouge. Un grand classique de toute
beauté !!!
Epidendrum wercklei
Très jolie espèce rencontrée autour de 2000 et 2300 mètres d'altitudes
épiphyte ou terrestre dans une végétation basse et dense. Son inflorescence est quelques peu particulière, le pédoncule, terminal, ramifié et plat, se développant en
zig-zag.
Les fleurs, très nombreuses, sont charnues de couleur jaune irrégulièrement mouchetées de violet. Sépales elliptiques à oblancéolées, pétales spatulés et brusquement incurvés à plus de 90°.
Labelle trilobé aux lobes latéraux digités. Fleurs agréablement parfumées.
Oerstedella exasperata
Nous avions rencontrés de nombreuses espèces du genre à des altitudes plus basses dans le pays, autour de 1000
mètres d'altitudes. Oerstedella exasperata, semble en revanche apprécier davantage la fraîcheur puisque nous l'avons rencontré autour de 2200 mètres, épiphyte, bien exposé à la
lumière.
Les fleurs présentent des pétales et sépales oblongs à oblancéolés, d'un brun dense au pourtour blanc. Le labelle est trilobé. Les trois lobes sont blancs fortement échancrés et marqués à
leur base de stries violacées longitudinales mal définies.
Epidendrum difforme
Espèce particulièrement florifère et tolérante, elle abonde dans la zone de 'las Lagunas' près de Cerro
Punta. Epiphyte, elle s'établie à quelques mètres du sol en situation ombragée ou en pleine lumière en forêt primaire ou en zone dégradée sur des branches moussues.

Gongora armeniaca
Une des espèces abondantes de la région de 'las Lagunas', ce Gongora reste cependant tributaire d'une
forêt saine puisqu'il ne se rencontre pas dans les zones dégradées de la région contrairement à de nombreuses autres espèces d'orchidées du coin.
Epiphyte, il s'établie entre 1 et 3 mètres du sol, en situation ombragée et humide.

Sobralia et Elleanthus
Ces deux genres présentent pour certaines espèces des plantes semblables qu'il est difficile de
distinguer sans traces de floraison. Les Sobralias, aux fleurs qui rappellent les Cattleyas, sont bien connus et les espèces aux dimensions réduites sont parfois cultivés,
en revanche les Elleanthus sont totalement délaissés, ils n'offrent en effet que de petites fleurs tubulaires loin des critères recherchés par les collectionneurs. De
nombreuses espèces d'Elleanthus restent encore à décrire.
Ces deux genres pullulent au Panama et affectionnent particulièrement les talus laissés par le tracé des routes. Le plus souvent terrestres, on les rencontre aussi dans les zones dégagées à
végétation rase.
Sobralia chrysotoma est sans doute l'espèce la plus abondante, ses grandes fleurs d'un blanc pur ne sont malheureusement pleinement épanouies que quelques heures puis
fanent. Il faut donc ne pas les rater...
Avec ce quatrième et dernier article sur ces quelques jours passés dans ce pays, si petit par sa taille mais si grand par sa diversité, je termine cette série
d'articles en espérant pouvoir y retourner un jour !!!

Textes, vidéos et photos par Edouard, Rosabel, Fernand FARIA et Jean-Luc RUBRECHT. Toute utilisation et reproduction sans autorisation préalable est interdite.