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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 15:57

  Bonsoir,
 
Avec 3,3 millions d'habitants sur 75 640 km2 coincés entre l'Amérique du Sud et l'Amérique Central, le Panama est ce petit isthme qui relie à la fois les deux Amériques et les deux plus vastes océans, l'Atlantique et le Pacifique. La construction d'un canal au XXème siècle permettant le transit de marchandises d'un océan à l'autre sans avoir à faire de détour par le cap Horn a renforcé la position géopolitique stratégique de ce pays. 

    Map-Panama-4.jpg
 
Ce canal forme  une ligne de séparation du pays avec à l'est, le Darién puis la Colombie qu'aucune route carrossable ne permet  d'atteindre et à l'ouest, la cordillère de Talamanca, une chaîne de montagne qui s'étend jusqu'au Costa-Rica.
                
    Canal-de-Panama.jpg
C'est le long de cette cordillère que mon père Fernand, ma femme Rosabel, Jean-Luc, un ami et moi-même sommes parti explorer quelques coins de forêt primaire à la recherche des orchidées panaméennes et plus particulièrement de la dizaine d'espèce de Stanhopea qui se concentre ici. 
 
Bien que de petite taille, ce pays qui reste accessible est une mine d'or pour l'amateur d'orchidées. En effet, pas moins de 1200 espèces se rencontrent sur ce territoire sept fois plus petit que la France qui offre encore de nombreuses zones préservées.
 
L'orchidée phare du pays est sans doute Peristeria elata, élevée au rang de fleur nationale, surnommée l'orchidée colombe ou encore "flor de l'Espirito Santo". Cette Stanhopeinae n'est pas une exception, cette sous-tribu est très bien représentée au Panama avec des espèces dans presque tous ses genres. Les espèces de Stanhopea, Gongora, Houlletia, Coelliopsis, Acineta, Coryanthes, Paphinia, Polycycnis, Sievekingia, Trevoria, Lacaena, Kegelellia et Peristeria hantent les forêts de ce pays qui devient ainsi un paradis pour les amoureux de cette sous-tribu aux fleurs étranges et animales, dotées de fragrances ensorcelantes.
   
intro.jpg     
Mais d'autres grandes sous-tribu sont également omniprésentes, les espèces de Pleurothallidinae, Laellinae, Oncidiinae et Maxillariiinae sont innombrables et l'on peut citer les plus remarquables par leur beauté comme Cattleya dowiana, Encyclia cordigera et prismatocarpa, Miltoniopsis roezliiBrassia arcuigera, Psychopsis krameriana, Rossioglossum schlieperianum et bien d'autres encore...  mais réduire les orchidées panaméennes à ces quelques espèces serait se priver des merveilles que la multitude des espèces miniatures ou terrestres ont à nous révéler.
  
  Encyclia-prismatocarpa-2.jpg
Sans plus attendre, je vous propose d'appréhender l'orchidoflore de ce pays par la découverte d'une première station, le Cerro Jefe, une montagne située à la limite sud du Parc national Chagres au sommet particulièrement riche en orchidées et broméliacées.
 
    Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif         
DECOUVERTE DU CERRO JEFE

Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif 
 
Le Cerro Jefe est le point culminant du parc national Chagres. A 1007 mètres d'altitude, il est recouvert d'une vieille forêt primaire composée d'arbustes ne dépassant pas quelques mètres de haut et de palmiers Colpothrinax cookii dominant la végétation. 
 
Cette zone concentre 143 des 1230 végétaux endémiques au Panama dont 5 espèces d'orchidées. Les oiseaux, scarabées, papillons et autres insectes sont aussi nombreux et attirent bon nombre de naturaliste qui viennent ici, à seulement une cinquantaine de Panama City, assouvir leur passion malgré la route accidentée imposant le 4x4 pour gravir les derniers kilomètres qui mènent au sommet.
     Foret-du-sommet-2.jpg


Les orchidées sont ici très nombreuses, et il serait difficile de vous présenter une liste exhaustive de toutes les espèces qui se concentrent ici après une simple et unique visite. Je me contenterai de vous présenter quelques-unes des espèces que nous avons pu apercevoir en fleur ou qui ont simplement retenues notre attention. Notons cependant la présence d'espèces rares comme Otoglossum chiriquense et Dresslera pertusa, endémique à cette station.
 
  Guzmania musaica
     
    Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif
 
LAELIINAE :
 
Encyclia oncidioides

synonyme :
 Encyclia gravida, Encyclia oncidioides var. gravidum  

Un Encyclia de la section des Encyclia dont la taxonomie demanderait des études plus approfondie. Avec les lobes latéraux du labelle parallèles à la colonne et les petites protubérances verruqueuses au niveau de l'ovaire, les spécimens observés au Cerro Jefe correspondent à la description d'Encyclia gravida par DRESSLER dans son  livre 'Field Guide of The orchids of Costa-Rica and Panama' mais Encyclia gravida est aujourd'hui considéré comme synonyme de Encyclia oncidioides.

 

Cependant, Encyclia oncidioides est une espèce présentant une morphologie et une écologie bien différentes de la population d'Encyclia du Cerro Jefe. Morphologiquement, ses lobes latéraux sont recurvés, divergeant à leur apex et de plus grande dimension.  Ecologiquement,  elle colonise les zones côtières du Mexique au Brésil comme les restingas brésiliennes, maquis en bordure de mer à même le sable composé de cactées, arbustes et de quelques orchidées résistantes à des conditions de chaleur extrême alors que le climat du Cerro Jefe est tempérée, venteux, proche de celui des forêts de brumes andines de moyenne altitude.

Je ne suis pas convaincu que toutes les formes actuellement considérées comme Encyclia oncidioides peuvent être ainsi regroupées sous ce taxon, des différences morphologiques comme écologique importantes sont flagrantes et une reconsidération de ce complexe d'Encyclia est à mon sens indispensable.


Passées toutes ces considérations taxonomiques, elle n'en demeure pas moins ravissantes...

Encyclia-gravida_2.jpg   Encyclia-oncidioides_2.jpg

     
   

Oerstedella wallisii
 
synonyme : Epidendrum wallisii
 
Une des plus belles espèces du genre, Oerstedella wallisii se rencontre ici abondamment au sommet du Cerro Jefe mais elle reste peu commune au Panama.
 
Ses fleurs, durables et de bonne texture, présentent des pétales et sépales d'un jaune franc pointillés de mauve presque noir et son labelle, quadrilobé, blanc, marqué de stries mauves plus ou moins épaisses, contraste à merveille. L'espèce est peu variable, seuls le nombre de macule et l'intensité des stries du labelle varient comme le montre les photos suivantes.

Epiphyte, les plantes se développent sur des branches moussues bénéficiant d'une bonne luminosité.
          Oerstedella_wallisii_3.jpg    Oerstedella wallisii habitat    

Scaphyglottis panamensis
       
Espèce la plus abondante du genre au sommet du Cerro Jefe, Scaphyglottis panamensis se distingue par son labelle blanc, trilobé et légèrement émarginé à l'apex du lobe médian.  D'autres espèces du genre, Scaphyglottis longicaulis, robusta et chlorantha, sont également présentent dans ce même biotope.

Scaphyglottis-panamensis.jpg
     
                
      Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif

MAXILLARIINAE :

Eriopsis biloba

Une espèce largement répandue que l'on rencontre depuis le Pérou jusqu'au Costa-Rica et qui forme de très belles inflorescences, racèmes, portant de nombreuses fleurs éparses de taille moyennes vivement colorées dans les tons orangés. Malheureusement nous n'avons pas rencontré de spécimens en fleur.
 
Les populations de cette espèce sont le plus souvent terrestre comme sur les Tepuis vénézueliens mais elle se rencontre aussi épiphyte comme ici où elle forme de larges plantes accrochées aux fins troncs des arbres à 1 ou 2 mètres du sol. Ses pseudobulbes groupés, ovoïdes, vert foncé/grisâtre et rugueux permettent de l'identifier même sans floraison.
 
Cette morphologie des pseudobulbes est variable selon les populations, les plantes que j'ai pu rencontrer jusqu'ici avaient des pseudobulbes coniques et allongés d'une vingtaine de centimètre mais  cette variabilité ne semble s'appliquer qu'aux plantes et aux inflorescences, plus ou moins grandes et fournies. En effet les fleurs semblent rester identiques.
 
Une étude des différences morphologiques entre les populations serait intéressante.
 
Eriopsis biloba

    Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif

SOBRALIINAE :  

Sobralia fenzliana

Les Sobralias et leurs cousins les Elleanthus sont bien représentés, de nombreuses espèces des deux genres se rencontrent mais celle-ci a particulièrement retenu notre attention. En effet, la singularité de cette espèce provient de sa plante qui ne porte que trois ou quatre larges feuilles alternées, elliptiques et fortement nervurées au bout de ses cannes alors que les espèces de ce genre présentent classiquement des feuilles depuis la base des cannes.
   
  Soralia-fenzliana.jpg
 
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PLEUROTHALLIDINAE :
   
Dresslerella pertusa

Au risque de briser l'image de l'orchidée aux fleurs immenses, immaculées et éternelles, je vous présente ce Dresslerella pertusa qui balaye d'un coup le mythe de l'orchidée. Et oui ! Il s'agit bien d'une orchidée de la grande famille des Pleurothallidinae ! Mais où sont les pétales flamboyant, les sépales et autres labelles contrastées que l'on nous apprend si bien dans les livres me direz-vous ? et bien non, cela ne suffit plus... bien des espèces se sont radicalement marginalisées, vive l'évolution !

Ce Dresslerella pertusa a tout de même une des caractéristiques du mythe puisqu'il est extrêmement rare au point que le Cerro jefe est la seule station connue abritant cette espèce.      
Ses fleurs sont mauves, presque noires, tubulaires, aux sépales unies ne laissant qu'une petite ouverture à leur apex. 

Dresslerella pertusa 2Dresslerella pertusa 1

Pleurothallis excavata

  
synonyme : Pleurothallis imago

Un petit Pleurothallis ravissant de la section macrophyllae-fasciculatae, aux fleurs non résupinées qui se caractérisent par les petites papilles du sépale dorsal et un synsépale concave (fusion des deux sépales latéraux comme chez les Paphiopédilums). Les spécimens du Cerro Jefe présentent tous une coloration dans les tons orangés mais il existe aussi des formes aux tons violacés, originaire du Costa-Rica, ayant servi à l'établissement du type de l'espèce.

      Pleurothalis-excavata-3.jpg Pleurothalis excavata 1   
Acostaea costaricensis

Un genre qui se caractérise par son processus de fécondation unique chez les Pleurothallidinae puisque l'insecte pollinisateur est attrapé temporairement au contact du labelle qui bascule, le plaquant contre la colonne et les organes reproducteurs le temps de la fécondation pour enfin être libérer. Décidemment, ces miniatures sont loin d'être dénuées d'intérêt !

Seule espèce du genre au Panama, Acostaea costaricensis est présente ici sur les branchettes moussues des arbustes à proximité du sol.

Acostaea costaricensis

    Habitat-hernandezii_clip_image001_0005.gif

STANHOPEINAE :

Le Cerro Jefe et sa région sont pauvres en Stanhopeinae, seuls Gongora tricolor et Stanhopea costaricensis sont reportés de la zone par G. GERLACH mais à des altitudes plus basse, autour de 700 m, dans la région de altos de Pacora. Après quelques recherches, nous avons tout de même rencontré un pied de Stanhopea, sans doute Stanhopea costaricensis donc, à des altitudes plus basses également à hauteur du Cerro Azul. Le biotope est alors déjà très différent du sommet, une forêt mature et dense abritant des arbres d'une trentaine de mètres est établit. Cette zone intermédiaire est moins riche en espèce d'orchidées que le sommet et l'on y rencontre des espèces plus chaudes comme des Catasetinae ainsi que Epidendrum nocturnum.

Le Stanhopea a été rencontré dans une zone dégradée sur le tronc d'un arbre isolé bénéficiant d'un bon ensoleillement à quelques mètres du sol.

Stanhopea costariscensis
     
Voilà pour cette première sortie au Panama qui n'a été que les prémices des découvertes fabuleuses qui ont rythmées les trois semaines passées dans ce très beau pays. A bientôt donc.

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Textes et photos par Edouard FARIA et Jean-Luc RUBRECHT . Toute utilisation et reproduction sans autorisation préalable est interdite.

 

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commentaires

Jerry Harrison 15/05/2015 22:03

Hey! Great adventure and pics! I have lived here for 3 5 yrs and have seriously studied plants--such a challenge. I believe your excellent pics of Encyclia are elegantula, an endemic sp. known from this area.

Edouard 20/05/2015 21:54

Hi Jerry ! Thanks for your message ! Panama is a wonderful place, so much diversity in a so little country... you should have right for the Encyclia, I will change its identification.

Xavier 05/10/2012 00:45

Vous travaillez dans la culture des orchidées ou juste une passion ?? @ plus

Edouard 06/10/2012 15:15



Bonjour, merci pour vos commentaires ! 


A bientôt.



jean-luc 08/11/2011 17:51


Je pense bien!


jean-luc 05/11/2011 19:53


un très bon souvenir,hélas trop court dans ce biotope particulièrement riche


Edouard 06/11/2011 18:45



faudra y retourner !!!



Américo Pereira 16/10/2011 22:40


Parabéns por este excelente artigo, com informação deliciosa (fotos e texto)e de grande qualidade, sobre uma região para mim desconhecida, mas magnífica. Obrigado por partilhar estas viagens e
descobertas.


Edouard 17/10/2011 19:34



Ola Americo ! Obrigado por tus parabens !



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