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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 08:55

Quittons ce soir le sud-ouest et le centre de l'île et dirigeons-nous vers le nord de l'île et sa côte est sauvage et indomptée. Ce troisième article nous emmène au massif du Panié, jusqu'au sommet du mont Ignambi qui culmine à 1311 mètres.
 
Les paysages de cette côte sont somptueux, les montagnes tombent à pic dans la mer, les cascades dévalent des pentes abruptes et les couleurs du ciel, des montagnes et de la mer forment un kaléidoscope infini au fil des vallées. Les jeux de lumière participent à cette magie et les jours se suivent sans se ressembler.
 Embouchure de la Ouaïème
 
Cascade de Tao

Cette région bien conservée détient encore une fois des records d'endémisme et, d'un point de vue botanique, elle est surtout connue pour les espèces de Palmiers qui ne se rencontrent que dans ce massif comme le Lavoixia macrocarpa dont on ne connaît qu'un seul peuplement  dans ces montagnes d'une trentaine d'individus. J'ai donc bon espoir de rencontrer encore de jolies choses et je compte bien tenter l'ascension d'un des sommets. Le mont Panié est bien sûr l'excursion idéale mais il faut passer une nuit en refuge et je ne suis pas équipé. Je décide donc de tenter l'ascension du mont Ignambi qui atteint 1311 m, troisième sommet du massif après les monts Panié et le Colnett.
Contrefort du PaniéPaysage Mont panié

Son ascension est très risquée sans guide local, voire impossible. Ce guide permet à la fois d'être conduit jusqu'au sommet mais il permet aussi d'être "en règle" avec les autorités locales. En effet, cette région de Nouvelle-Calédonie est la plus indépendantiste de l'île et les locaux n'apprécient guère que des étrangers viennent fouler leur terrain de chasse ou les "lieux tabous" sans se présenter et sans l'autorisation des chefs coutumiers.

Ouaième
La coutume est donc de mise cette fois-ci et je retrouve le chef de la tribu de Tchambouène qui vit au pied de l'Ignambi pour obtenir "sa bénédiction" et pour qu'il m'oriente vers un guide.
      
Il m'oriente vers Jean-Paul, qui historiquement organise l'ascension du sommet et je le retrouve un peu plus tard au nakamal du village, lieu où l'on boit le kava entre amis, une décoction traditionnelle de l'île obtenue à partir d'un tubercule aux effets relaxant et anesthésiant. Je suis accueilli avec une bonne tasse de Kava que j'honore bien sûr, avant de demander toute faveur.

Je trouve un accord vers Emile, le frère cadet de Jean-Paul. Il me guidera jusqu'au sommet et nous nous donnons rendez-vous le lendemain à 6H30 pour réaliser l'ascension de l'Ignambi.


L'ascension du mont Ignambi

La journée est belle mais la nuit a été exécrable. Dormir au bord de la mer est certes très romantique mais il n'y a aucun interrupteur pour stopper les vagues et leur fracas.
 
Après un rapide petit déjeuner, je me rends donc à Tchambouène pour retrouver Emile et nous partons tout droit vers le sommet, encore sans nuage à ces heures matinales.  A première vue, le sommet ne semble pas si loin et la forêt qui le recouvre peu épaisse...
 

Mont Ignambi 
Nous partons du village et traversons dans un premier temps de hautes herbes où nidifient les fameuses guêpes jaunes qui avec 7 piqures tuent un homme mais il est encore tôt et elles sont peu actives. La pente est tout de suite très abrupte et le soleil tape fort. Il est 7 heures du matin et je suis déjà en sueur me demandant comment je vais pouvoir atteindre le sommet à 1300 m alors que nous venons à peine de commencer. Emile semble dans son élément et continue de grimper sans s'arrêter en se roulant de temps à autre une cigarette.
   
en route vers le Ignambi
Nous arrivons à une première crête et décidons de faire une petite pause, l'effort est intense et je me sens nauséeux mais le paysage est magnifique, nous sommes déjà à 300 ou 400 mètres d'altitudes et la vue sur la côte d'un côté, et sur les montagnes de l'autre est somptueuse. Tout exciter, Emile me fait remarquer une colonie de Roussettes qui virevoltent au sommet des crêtes. Pour ma part, je remarque quelques Spathoglotis plicata, une espèce pionnière qui s'établie rapidement en milieu dégradé, ainsi que quelques rares Phaius tancarvillae qui ont échappés aux feux intentionnellement allumés par les chasseurs de la tribu.


Côte est

Ignambi
La marche reprend et le sommet semble s'éloigner au fur et à mesure que l'on s'en approche. Enfin nous arrivons dans la forêt où l'air est tout de suite plus frais en sous-bois. Je reprends doucement mes esprits, me sens plus à l'aise et commence à prendre le rythme. Nous sommes encore loin du but et je ne rencontre pour l'instant que des espèces communes des forêts humide de basse altitude comme Rhynchophreatia micrantha, Eria rostrifolia ou Liparis condylobulbon. Une fougère, Lycopodium balansae, retient notre attention. Peu commune, on en rencontre ici abondamment.

 Lycopodium-balansae.jpg

 

Nous prenons doucement de l'altitude sur un chemin boueux souvent imperceptible mais que Emile connaît comme sa poche. Il passe son temps à roucouler en espérant que les Notous,  gros pigeon qu'il chasse régulièrement ici, lui répondent et il repère ainsi les endroits les plus propices pour ces prochaines chasses. J'aperçois un de ces oiseaux qui s'envole avec fracas. Ce sont des pigeons mais ils ont la taille d'une poule. Ils les chassent à la "Nouvelle Igname" et j'imagine que ça ne doit pas être mauvais du tout.

 

Nous commençons à prendre de l'altitude et la végétation commence à changer. Les fougères sont de plus en plus présentes comme les mousses qui tapissent les arbres et les roches. Nous traversons de nombreux torrents de montagne, je partage avec Emile ma connaissance des orchidées et lui me fait part de son expérience de chasseur et me narrent ainsi de nombreuses histoires de cochons sauvages, de roussettes et autres notous. L'échange est sympa et il me fait voir des choses que jamais je n'apercevrais seul.

 

De nouvelles espèces font leur apparition, Calanthe balansae en sous-bois et Bulbophyllum betchei et ebulbe en épiphyte ainsi que Grastidium camaridiorum mais les arbres sont hauts et l'observation des épiphytes est difficile et se fait souvent sur des arbres tombés à terre.
  

creek de montagne
   
Fougères
Le sous-bois est dense à présent, envahi de fougères et je trace le chemin à coup de machette. Emile commence à accuser le coup et reste à la traîne. Je continue d'avancer à un rythme soutenu sans trop prendre le temps d'observer les arbres et les épiphytes, le sommet est encore loin et il faut avancer. Je rencontre quand-même quelques Dendrobium muricatum, Eria robusta et des Bulbophyllum baladeanum ainsi que d'autres espèces que je n'ai pu identifier mais je n'ai pas le temps de m'arrêter.

Fougères du sommet



Nous marchons depuis plus de 5 heures, il est 13H00 environ et nous débouchons sur une petite clairière envahie de maquis et de Phaius tancarvillae qui poussent parmi les herbes qui à la fois maintiennent une humidité permanente au sol et protège le feuillage d'un ensoleillement trop dur et trop direct.  Le mont Ignambi semble enfin à porter mais il est n'est plus bien dégagé comme au petit jour, la brume se pose lentement sur la forêt.

Sommet de l'ignambi
Phaius tancarvillae 2
Phaius tancarvillae 1
Nous reprenons rapidement la route pour attaquer la dernière côte qui mène au sommet à 1311 m. Dans cette végétation sursaturée en eau, de très beau peuplement de Pterostylis curta se sont établies. Ils poussent directement dans cette terre très mouillée presque boueuse au sommet de l'Ignambi. Les cochons sauvages apprécient d'ailleurs également les lieux et labourent le sol pour se lover dans la boue en causant de gros dégâts.


Pterostylis curta
A 14h30 nous atteignons le sommet, malheureusement nous sommes dans les nuages et la vue sur le mont Panié et le Colnett sera donc pour une autre fois. Nous restons quelques minutes puis amorçons la descente. Il commence à pleuvoir et nous devons retourner au village avant la nuit. Nous redescendons le plus rapidement possible, il pleut à torrent à présent et tout est devenu glissant. Je me ramasse une bonne dizaine de fois alors qu'Emile, lui ne tombe jamais. Il est pied nu et je crois qu'il n'y a plus adhérent dans la boue que de marcher pieds nus, aucune chaussure de marche n'arrive à la hauteur de nos cinq petits orteils bien ancrés dans la terre.


Nous dévalons les pentes sans nous arrêter, j'ai le pressentiment que nous ne parviendrons pas à atteindre le village avant la nuit et Emile me raconte ses nuits passés dans la forêt lorsque revenant de chasse, ils se font attraper par la nuit et ne rentrent que le lendemain après avoir dormi en forêt. Je lui avoue que je me passerai bien quand-même d'une telle expérience et nous parvenons à peine à sortir de la forêt que le jour commence à décliner.

Nous arrivons au village à 18H30, il fait déjà nuit et nous avons terminé le dernier km en courant dans les hautes herbes avec comme boussole la lueur des lampadaires du village et quel soulagement lorsque nous sommes enfin arrivés.

Cette ascension a été avant tout un défi physique, l'observation des plantes n'a été que secondaire et demanderait l'établissement d'un camp en altitude pour pouvoir vraiment prendre le temps d'observer la flore mais j'en retiens surtout l'échange avec mon guide, nous avons un instant confondus nos monde.

 

La prochaine fois, je tenterais l'ascension du Colnett, Emile connait aussi le chemin...
   
Albums photos à voir :

 

- orchidées de Nouvelle-Calédonie

- plantes carnivore de Nouvelle-Calédonie

- paysages et forêts de Nouvelle-Calédonie

- plantes remarquables de Nouvelles-Calédonie

 

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commentaires

Totophe 20/06/2011 22:01


Ben, dis donc, trop belles les photos, super @+


Edouard 21/06/2011 07:11



Salut Totophe,  quand est-ce que tu viens avec moi alors ? 



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